The Prodigies : animation et adaptation

08/02/2021

Titre : The Prodigies

Réalisateur : Antoine Charreyron

Avec : Mathieu Kassovitz, Alexis Tomassian, Julie Dumas, ...

Genre : Science-fiction

Durée : 1h27

Nationalité : France, Grande-Bretagne, Belgique, Luxembourg, Canada

Sortie : 2011

Résumé : Imaginez-vous doté d’une intelligence surhumaine, du pouvoir de contrôler les autres par la force de l’esprit, de les transformer en marionnettes dépourvues de volonté, obéissant à vos ordres les plus fous… Ce don fascinant et terrible Jimbo Farrar le connaît bien car depuis son enfance, il le possède.
Brillant chercheur à la tête de la Fondation Killian pour enfants surdoués, très amoureux de sa femme Ann, Jimbo n’a qu’un but : trouver d’autres prodiges comme lui. Il imagine alors un jeu en ligne d’une complexité extrême et finit par découvrir cinq adolescents qu’il décide de réunir à New York.
Conscients de leur différence, isolés et incompris, ces prodiges se retrouvent un soir à Central Park. Enfin, ils ne sont plus seuls. Mais ils sont alors sauvagement agressés et leur destin bascule. Ignorés par la police, abandonnés par ceux qui devaient les protéger, en état de choc, ils déchaînent alors leurs pouvoirs avec une intelligence diabolique, éliminant sans laisser de trace ceux qui les ont trahis...
Jimbo est le seul à l’avoir compris, mais aussi le seul à pouvoir les arrêter. Il va devoir combattre le déchainement de violence de ses esprits-jumeaux… à moins qu’il ne décide de se joindre à eux…

Adapter « La nuit des enfants rois » n’était pas une tâche facile. Le roman de Bernard Lentéric est connu pour son aspect cru, une violence estomaquante qui est rendue encore plus forte par l’apparente froideur de l’œuvre en elle-même. Le choix de l’animation permet alors un regard plus stylisé par rapport à la narration, telle qu’exprimée par l’ouverture du film. La brutalité des adultes devient monstre face à laquelle les enfants se retrouvent désemparés, agissant par obligation de survie avec de fortes conséquences. Rien ne se retrouve ainsi éludé et trouve un impact des plus conséquents.

Antoine Charreyron parvient alors à offrir une animation qui parvient à garder un certain cap par rapport aux années par son approche technique et visuelle. Certains trouveront la présentation datée mais elle a néanmoins un style assez reconnaissable qui devrait lui permettre d’avoir une durée de vie plus conséquente. Le réalisateur maintient sa patte de « Renaissance », ancrant dans la 3D un cachet proche d’œuvres graphiques 2D. Cette prolongation permet ainsi d’aller dans des orientations tonales assez uniques, conférant un cachet des plus plaisants au long-métrage, notamment par la beauté de ses transitions.

Ce dernier ne constitue pas une adaptation littérale de sa source originale et amène son concept de base ainsi que quelques séquences particulières (l’agression, toujours aussi violente) dans un contexte modernisé. L’optique de l’émission télévisée pourra ainsi diviser mais elle prolonge le questionnement sur l’instrumentalisation de jeunes jusqu’à se les réapproprier totalement. On conserve ainsi les interrogations du personnage principal par rapport à ces jeunes dans lesquels il se retrouve, placé entre des enfants détruits par des adultes ne pouvant qu’amener la destruction sur leur passage.

Se place alors la question de la paternité, la crainte de voir en l’avenir les erreurs que l’on a commises auparavant. Le lien qui se noue entre Jimbo et ses prodiges se fait alors plus fort, jouant sur l’absence de place dans un univers rejetant ce qui est différent avec une agressivité qui ne peut mener qu’à une réaction équivalente. On peut alors mettre en lien cette violence instituée au rapport à l’image amené par la télévision, mise en avant d’un traitement de soi qui ne fait que refléter un semblant de contrôle destructeur. Manipuler les adultes pour leur faire reprendre la violence dont ils sont responsables semble alors pour nos personnages une solution compréhensible, moins proche du vigilantisme que d’une prise de pouvoir totale de la part d’une génération qui ne peut répéter ce cycle de destruction.

Le traitement du rapport à la violence, qu’elle soit physique ou mentale, survient alors dans un film à la nature particulière, et ce dans tout ce qu’il entreprend. On aura beau se répéter mais les prises de position dans les aspects visuels et narratifs relèvent de directions multiples fonctionnant néanmoins avec un certain brio. Rappeler que le long-métrage est français relève alors d’une nécessité, celle de rappeler que des titres hybrides entre les genres restent possibles et sont même toujours aussi existants (nous ne nous lancerons pas dans une liste ici, celle-ci étant bien trop longue à rédiger).

On pourrait chipoter sur quelques défauts du film mais on n’en fera rien tant la proposition est grisante. « The Prodigies » se hisse ainsi parmi ces titres multipliant les propositions et les réflexions dans un univers prenant, le tout avec une mise en scène qui accumule les idées et les visuels à tomber. C’est un impératif à nos yeux de (re)découvrir pareille œuvre, surtout au vu de sa disparition des radars tout bonnement injuste, ne serait-ce que pour l’ajouter à la liste de ces longs-métrages français offrant du contenu unique. On imagine que Bernard Lentéric ne serait pas indifférent face à l’adaptation de son roman, notamment par sa façon de réimaginer et prolonger certains de ses aspects. Quant à nous, on reste fasciné que « The Prodigies » existe, tout simplement.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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