The Weeknd : Save your tears

21/02/2021

Les fans de The Weeknd sont habitués à voir le chanteur traiter d’autodestruction et de ses problèmes émotionnels. On en avait parlé un peu lors de notre retour sur le clip « In Your Eyes » mais il semblait évident de le rappeler avant de revenir sur « Save your tears », où Abel Tesfaye se montre à nouveau sous un masque différent.

Les premiers retours sur le clip ont véhiculé la crainte d’une chirurgie esthétique extrêmement visible de la part du chanteur, apparaissant défiguré par les bandages sur les tapis rouges. Cela prolonge l’idée centrale de son clip précédent, « Too late ». Dans ce dernier, deux jeunes femmes aux visages recouverts de bandages trouvaient la tête du chanteur et la greffaient sur le corps d’un strip-teaser pour pouvoir le chevaucher, soulignant ce rapport à l’identité que l’on pose de The Weeknd. Ici, son visage marqué par les opérations permet de lui amener une forme plus grotesque du masque, le symbole revenant constamment dans le clip.

Les quatre minutes de « Save your tears » montrent Abel en prestation permanente, chantant tout du long dans une forme de scène large où il se trouve entouré par son audience. Celle-ci est masquée, inexpressive et se laisse même faire quand le chanteur pose son coude sur une tête ou asperge deux spectateurs de champagne. Son public voit une façade et lui laisse faire ce qu’il souhaite, quitte à porter lui-même un masque au quotidien. Le seul protagoniste non masqué en fera les frais, une jeune femme qu’Abel invitera à danser pour mieux la pousser à le menacer d’une arme.

Ces images rappellent les problèmes sentimentaux évoqués dans « In Your eyes » et constamment présentes dans les paroles ici. The Weeknd demande ainsi à l’être perdu pourquoi elle ne lui a pas dit qu’il lui avait fait mal au cœur en partant, retournant la table des responsabilités émotionnelles de son couple pour mieux blâmer la victime. En installant une arme dans la main de cette jeune femme et en la posant contre sa propre tempe, Abel souligne son autodestruction dans le couple, faisant croire au bonheur d’être avec lui tout en amenant l’autre à le détruire contre sa volonté. C’est comme si le chanteur se savait toxique et essayait de prévenir toute personne pouvant devenir trop proche tout en ne s’empêchant pas de répéter les mêmes erreurs, encore et encore, qu’importe la souffrance engendrée.

« Tout est faux chez moi » semble dire le chanteur : ses émotions, ce visage (on en oublie d’applaudir le travail réaliste du maquillage), même sa prestation. C’est ainsi qu’il n’hésite pas en plein chant à boire le verre d’un de ses spectateurs, montrant un play back qui semble ignoré de tout le monde. D’ailleurs, est-ce que cette audience est vraie ? Elle ne semble jamais réellement vivante, ne s’exprime jamais (les cris entendus à la fin sont des plus faux, les applaudissements moins chaleureux que ceux entendus). Tout n’est qu’illusion, prestation où l’on se révèle à nu mais pas entièrement et où même cette annihilation du soi n’est que farce.

L’arme exhibée par The Weeknd amène une menace et ce dès son introduction dans ce plan de danse avec cette inconnue démasquée. En l’apposant sur sa propre tempe, Abel semble chercher à jouer avec cette destruction qui repose au-dessus de sa tête. Le danger de pareil objet ne semble rien représenter aux yeux du chanteur, n’hésitant pas à menacer son audience avant d’enfin tirer sur lui-même… révélant une explosion de confettis. Encore une fois, cet appel à l’autodestruction n’est que jeu, apothéose d’une performance qui, bien que nourrie d’applaudissements après la stupeur (le tout sonnant quand même faux), semble se terminer dans un enfer mental, le sourire figé par la chirurgie s’avérant d’un tragique assez fort.

Les prestations de The Weeknd dégagent de cette puissance de destruction qui ne peut que passionner et ce clip nous conforte dans cette sensation, interrogeant sur les parts de biographique et de faux d’un chanteur qui semble passionné par son auto-auscultation. Pareil regard ne peut qu’hypnotiser, à l’image de ces clips visuellement chargés d’un artiste au talent indéniable.

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