Analyse du clip « Instant Crush » des Daft Punk feat Julian Casablancas : quand l'inanimé prend vie

07/03/2021

La fin du fameux duo électro aura résonné comme le tonnerre dans un soir de tempête. Il était évident que pareille nouvelle allait susciter des réactions au vu de l’impact culturel qu’aura eu le groupe, aussi bien par ses tubes que par ses collaborations. Certaines personnes comme l’auteur de ces lignes ont également vu une partie de leur jeunesse partir en même temps au vu de la façon dont certains titres se sont insérés dans nos expériences de vie, nos relations ou encore certains événements que l’on chérira sans doute un long moment avec la même nostalgie. Revenons donc sur un clip qui aura su s’intégrer dans les obsessions de Daft Punk.

Instant Crush narre une histoire d’amour, comme tant de clips auparavant. Celle-ci se base néanmoins sur deux statues de cire, confrontées à la vision de l’autre en permanence. La manière qu’a la mise en scène de gérer ce sentiment malgré l’immobilité de ses personnages s’agence de manière intéressante, le public reflétant sur ces figures des émotions humaines, comme a toujours voulu l’exprimer le groupe par des représentations plus proches du matériel que de l’émotionnel.

Le choix d’un cadre resserré permet de mieux se concentrer sur l’expression (ou la non expression) de nos héros tout en soulignant l’impossibilité d’action. Une frustration se dessine alors, celle de ne pas pouvoir exprimer plus amplement ses sentiments, l’impossibilité d’action même. Les couples qui auront subi le confinement ont ressenti cela de plein fouet, cette frustration de ne plus toucher ou prendre dans leurs bras la personne pour qui leur cœur bat. Ici, cette sensation se fait de façon quotidienne et même si une séquence plus onirique permet ce rapprochement, elle se fait trop courte pour masquer la distance de la réalité.

On ressent cet éloignement en même temps que le passage du temps, notamment par l’évacuation de certains mannequins. Quand cette séparation se fait plus franche, c’est pour mieux renfermer notre personnage dans ses idées noires, dans les reliques d’un passé qui a contemplé les existences mais ne devient que simple oubli, telle une pensée fugace disparaissant dans les limbes du temps. La limitation de mouvement se fait plus intense, le renfermement resserre encore plus et la tristesse se ressent dans ce regard pourtant vide.

Et enfin, l’accident, destructeur mais salvateur car remettant ensemble les amoureux séparés. La cire fondant, les expressions peuvent enfin naître sur les visages, avec cette tristesse du peu de temps passé mais la joie que ces moments aient pu exister. La fureur des flammes a alors autant de chaleur que celle d’une romance trop courte mais si vivante, poussant l’inanimé à prendre enfin vie. C’est une réunion marquant à la fois le début et la fin, le bonheur et le malheur, toute cette explosion sentimentale qui se crée dans n’importe quelle histoire d’amour, qu’importe si elle est romantique ou tout bonnement tragique.

Soulignant des paroles parlant de regrets de temps qui passe, de questionnement sur son image et de souvenirs fugaces, le clip réalisé pour « Instant Crush » dégage des thématiques des Daft Punk avec ce style qui leur est si reconnaissable. Par leur « Epilogue » partagé le 22 février, c’est donc une page qui se tourne, avec ce même regret de la fin et cette joie d’avoir pu admirer pareils artistes durant notre existence.

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