Dreamland – Margot Robbie se la joue Bonnie and Clyde

07/03/2021

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Titre : Dreamland

Réalisateur : Miles Joris-Peyrafitte

Avec : Margot Robbie, Finn Cole, Travis Fimmel, Darby Camp, Garrett Hedlund, Kerry Condon, Stephen Dinh, ...

Genre : Thriller, drame, historique

Durée : 1h38

Nationalité : Américain

Sortie : 4 mai 2020 (VOD)

Résumé : Durant la Grande Dépression. Eugene Evans a juré de sauver l'exploitation de ses parents détruite par des tempêtes de poussière en capturant une braqueuse de banques en cavale dont la tête est mise à prix.

Dans Dreamland, Miles Joris-Peyrafitte conte une histoire tant universelle qu’intemporelle, déjà racontée de mille et une façons : la quête d’une vie meilleure. Par ce titre évocateur, le cinéaste ne tente pas de dissimuler la teneur fataliste de son film, qui ne reflète que le rêve lointain d’un adolescent naïf et romantique bercé par l’insouciance des plus grandes légendes américaines. Une romance de hors-la-loi qui en rappelle d’autres. En effet, difficile de ne pas sentir planer l’ombre instante du mythe de Bonnie et Clyde tout au long de cette histoire de gangsters sur le passage à l’âge adulte à l’ère de la Grande Dépression. Si ses intentions sont idéalistes, le scénario de Nicolaas Zwart souffre malheureusement d’un certain manque de perspectives, n’allant pas vraiment au bout des bonnes idées qu’il propose. Mais le long-métrage trouve toutefois un second souffle grâce à sa superbe mise en scène et aux performances solides de sa distribution.

« Cette histoire est celle de mon demi-frère », déclare la voix de la narratrice, Phoebe Evans, en guise d’introduction. Une narration délivrée des décennies après les événements, le héros, Eugene Evans (Finn Cole), n’étant plus là pour raconter cette histoire lui-même. A l’époque des faits, la Grande Dépression fait rage aux Etats-Unis. Eugene Evans vit dans la petite ville de Bismarck au Texas, avec sa famille. Quand il n’avait que cinq ans, son père est parti. Une absence qui le hantera pour le reste de sa vie. Le seul et unique souvenir qu’il conserve de son père est une carte postale lui contant toute la beauté de la côte du Golfe du Mexique. L’espoir persistant pour Eugene qu’ils se retrouveront. Peu de temps après, sa mère (Kerry Condon) épousa un certain George Evans (Travis Fimmel) avec qui elle eut une fille, Phoebe -notre narratrice- et faisant office de figure paternelle de remplacement pour Eugene.

L’année de ses dix-sept ans, quelque chose d'autre est venu maudire la vie d’Eugene, maudire la vie de tout le monde à Bismarck : les terribles tempêtes de poussière du Dust Bowl qui frappèrent l’Etat du Texas comme de nombreuses autres plaines du Sud des Etats-Unis durant les années 1930 et détruisirent toutes les récoltes sur le territoire, provoquant une augmentation massive du chômage. Plus les habitants essayaient de recommencer, plus la situation empirait. Pour échapper à cette dure réalité, sans aucune perspective d'avenir, Eugène se cache dans la grange abandonnée de la famille où il rêve de sa destinée, s'imaginant une vie semblable à celle de ses héros -des hors-la-loi audacieux- et à leurs aventures qu'il lisait dans ses bandes dessinées. C’est alors que la dénommée Allison Wells (Margot Robbie), personnification des plus grands rêves du jeune homme, fait irruption dans sa vie. Le bruit court que la braqueuse en cavale se cacherait dans les environs, après un dernier casse raté. Motivé à l’idée de recevoir la récompense de 10 000 dollars promise pour la capture de Wells, qui lui permettrait d’aider sa famille et de laisser pour de bon le Texas derrière lui afin d’aller assouvir ses envies d’ailleurs et d’aventures, Eugene se lance à la recherche de la fugitive avec son ami Joseph. Contre toute attente, c’est dans sa grange qu’il trouve la criminelle cachée avec une blessure à la jambe, voyant alors ses rêveries les plus folles entrer en collision avec la réalité.

La braqueuse Allison Wells débarque dans l'histoire telle une « chauve-souris tout droit sortie de l'enfer », pour reprendre les mots de la narratrice. Une hors-la-loi fascinante, illuminée par l’interprétation parfaitement maîtrisée de Margot Robbie. Avec talent, glamour et charisme, la star de Birds of Prey incarne toute la complexité d’Allison, mettant en lumière la vulnérabilité qui l’étreint sous sa nature manipulatrice. En effet, la criminelle n’hésite pas à adapter son histoire en fonction de son audience. Eugene constitue en ce sens une véritable aubaine pour elle. Ce jeune romantique est un grand adepte des histoires de gangsters, elle n’a alors plus qu’à se muer en l’héroïne audacieuse sans scrupules de ses plus grands rêves pour retenir toute son attention. Mais à côté de cela, Allison est également une femme meurtrie par la vie, frappée de plein fouet par la Grande Dépression qui lui a tout pris. Elle a alors choisi le crime pour s’en sortir. Toutefois, une certaine part de mystère demeure chez cette femme et il est impossible de savoir si elle dit vraiment la vérité.

Reflet des hors-la-loi les plus connues de cette époque, Allison Wells est une figure féminine complexe comme Margot Robbie a l’habitude d’en incarner (celle-ci ayant prêté ses traits par le passé à des personnages tels que Tonya Harding, Harley Quinn ou encore Elizabeth I). Par ailleurs, l’actrice australienne revêt également la casquette de productrice sur ce long-métrage produit par sa société de production LuckyChap Entertainement. Fondée en 2014 par la comédienne et trois associés, LuckyChap se consacre à des projets orientés sur la représentation de personnages féminins multi-facettes, aussi complexes qu'uniques. Le thriller d’époque de Miles Joris-Peyrafitte vient ainsi étoffer le curriculum déjà bien garni de la compagnie derrière Moi, Tonya, Birds of Prey ou plus récemment le thriller saisissant Promising Young Woman de Emerald Fennell. La prochaine production de LuckyChap sera l’adaptation cinématographique très attendue de la célèbre poupée Barbie, réalisée par Greta Gerwig (Lady Bird, Les Filles du Docteur March) avec Margot Robbie dans le rôle-titre.

De son côté, Finn Cole (Peaky Blinders) se révèle touchant dans la peau de ce jeune homme attachant animé par l’envie d’un nouvel horizon. Si son personnage, plus dans la retenue, n’offre pas autant de matériel que celui d’Allison Wells, l’acteur parvient à incarner avec habileté la phase aussi imperceptible que délicate entre l’adolescence et l’âge adulte. Ses yeux reflètent la tempête intérieure qui habite ce rêveur : s’il reste d’un calme apparent et paraît innocent, son regard raconte les peines qu’il a déjà connues comme ses plus grands espoirs et sa détermination. Pour Eugene, l’arrivée d’Allison est semblable à un mirage tombé du ciel, la réponse à ses prières en quelque sorte. Celui-ci idolâtre le style de vie imprudent des malfrats de ses bandes dessinées et la braqueuse blessée cachée dans sa grange est l’occasion unique pour lui de devenir l’un de ses héros de fiction, de laisser sa vie misérable derrière lui pour la promesse d’une vie palpitante vécue avec audace. L’occasion aussi de fuir Bismarck, cette ville qui n’est plus qu’une étendue hostile où les terres asséchées obstruent toute forme de vie. Avec également la perspective de revoir son père dont l’absence lui pèse toujours autant, Eugene accepte d’aider Allison dans sa fuite vers le Mexique. Par ailleurs, si son histoire tourne principalement autour de sa relation avec Allison, d’autres relations comme celles qu’il entretient avec sa jeune demi-sœur (Darby Camp) et son meilleur ami Joseph (Stephen Dinh) permettent d’élever aussi bien sa caractérisation que le récit et d’apporter différentes dynamiques ainsi que des enjeux supplémentaires.

L’intrigue de ces héros en cavale rappelle forcément le mythe de Bonnie and Clyde. Braqueurs chevronnés, assassins sans pitié et amants passionnés, Bonnie Parker et Clyde Barrow, de leurs vrais noms, sont entrés en peu de temps dans la légende et continuent encore de fasciner aujourd’hui. En 1967, leur histoire d’amour mortelle était d’ailleurs transposée à l’écran par Arthur Penn. Dès lors, les comparaisons semblent inévitables puisque le film de Miles Joris-Peyrafitte (As You Are) évolue, comme les célèbres gangsters américains, dans les années 30, en pleine Grande Dépression, dans le sud des Etats-Unis, suivant la cavale d’un couple de braqueurs de banque tentant de fuir la misère.

Par ailleurs, la fiction est double dans ce thriller historique, avec d’une part celle des légendes et mythes américains de cette époque dont le film s’inspire et se joue, et d’autre part celle dont les rêves et fantasmes du jeune Eugene se nourrissent. En réalité, comme son titre le suggère, il y a dans Dreamland une dichotomie entre le fantasme/la fiction et la réalité, avec la confrontation de ces éléments dans un premier temps jusqu’à leur quasi confusion à terme. Et si cette histoire n'est pas la plus originale, elle évite au moins de tomber dans certains clichés. Par exemple, le personnage du beau-père joué par Travis Fimmel (Vikings) n'est pas la brute typique et a plus de nuances que ce que l'on aurait pu attendre.

Visuellement, Dreamland est un vrai régal. La production époustouflante et la caméra expressive confient une atmosphère singulière au long-métrage. La splendide photographie de Lyle Vincent capture audacieusement le paysage, faisant de lui un personnage à part entière dans cette histoire. Paradoxalement, les plaines si vastes provoquent une forme de claustrophobie, leur immensité poussiéreuse semblable à une prison à ciel ouvert sans la moindre issue. Une représentation de la beauté asphyxiante du sud-étasunien à cette époque, synonyme de profond désespoir humain. Malheureusement, la cavale d’Eugene et Allison n’est pas aussi captivante qu’elle aurait pu l’être. Globalement, Dreamland ne parvient jamais à transcender le schéma classique du genre, se contentant de sillonner des sentiers déjà battus. En effet, le film est relativement court, ce qui est assez regrettable car avec un peu plus de temps, des pistes ici seulement survolées auraient pu être davantage développées et ainsi avoir un plus fort impact émotionnel. Mais il est d’autant plus regrettable que s’il y a de la prévisibilité dans le scénario de Nicolaas Zwart, celui-ci présente toutefois des thèmes intéressants à explorer mais ne parvient pas à les exploiter en profondeur, ne faisant que les survoler.

En conclusion, avec beaucoup de style, Miles Joris-Peyrafitte raconte dans Dreamland, le rêve d’une vie meilleure : l’histoire de deux personnes prêtes à tout pour s’échapper de la voie toute tracée de leur vie, quitte à s’égarer sur des sentiers plus que risqués en chemin. Un récit sur le passage à l’âge adulte sur fond de Dust Bowl et de ses terribles conséquences en pleine Grande Dépression, le tout emmené par des héros en cavale particulièrement intéressants à suivre. Porté par un Finn Cole attachant et une Margot Robbie toujours aussi géniale et captivante, ce long-métrage dispose de bonnes idées mais n’exploite malheureusement pas suffisamment tout le potentiel de son intrigue. Ainsi, sans particulièrement marquer les esprits, Dreamland reste un bon divertissement magnifiquement filmé.

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