WandaVision : l'inconfort de la sitcom

08/03/2021

5

Titre : WandaVision

Créée par : Jac Schaeffer

Avec : Elizabeth Olsen, Paul Bettany, Kathryn Hahn, ...

Format : 9 épisodes d'une trentaine de minutes

Diffusion : 2021

Genre : Drame, Fantastique, Comédie, Super-Héros

Résumé : WandaVision combine des éléments de sitcom traditionnelle à ceux de l’Univers Cinématographique Marvel. Wanda Maximoff alias Scarlet Witch et Vision sont des super-héros, vivant dans une banlieue idéalisée mais commençant à soupçonner que tout n’est peut-être pas ce qu'il paraît être...

.

Les premiers épisodes de WandaVision sont déconcertants mais dans un sens positif. En partant de sitcoms d'époque avec ce que cela implique comme codes visuels, la série parvient à jouer sur les attentes avec une gradation assez bien menée. L'inconfort de cette inconnue parvient à s'incarner assez bien et trouve même dans les quelques basculements de mise en scène une force, une angoisse qui relève de nos connaissances du milieu télévisuel ainsi que de celles de l'univers Marvel. On sait que Vision est mort, on sait que cet univers de vieilles séries cache quelque chose mais on ne sait pas mettre le doigt précisément sur ce qui ne va pas.

Au fur et à mesure de l'avancée des épisodes et des réappropriations par décennie de codes de diverses séries, WandaVision parvient doucement mais sûrement à enrichir son propos, notamment par son traitement de Wanda Maximoff. Les malheurs de celle-ci parviennent à toucher à des sujets comme la dépression, la solitude forcée, le repli sur soi ainsi qu'une charge mentale particulièrement douloureuse. On trouve même dans ces raccords méta une forme de ludisme par rapport à cette incursion télévisuelle par le biais des références à double sens, et ce jusqu'à un équilibrage entre les mondes qui rend le tout plus statique.

[caption id="attachment_57022" align="aligncenter" width="700"] Elizabeth Olsen is Wanda Maximoff and Paul Bettany is Vision in Marvel Studios’ WANDAVISION, exclusively on Disney+.[/caption]

C'est en effet à ce moment-là que le tout s'alourdit, à la façon d'une narration bien trop ralentie pour pouvoir pleinement fonctionner. Les coups de semonce sont prévisibles (la révélation du septième épisode) ou ne parviennent pas à embraser le potentiel amené (l'arrivée d'un personnage mystère). Le tout souffre alors des soucis inhérents au Marvel Cinematic Universe, comme si l'audace de prime abord de la série semblait freinée en plein chemin, rendant le tout plus mécanique et moins surprenant dans ses rares sursauts.

Et c'est dommage car des idées, WandaVision n'en manque pas, que ce soit d'un point de vue stylistique, thématique (la récurrence du double qui explose dans son climax, liant le besoin de reconnaissance dans l'autre) ou même émotionnel. C'est en effet quand la série se décide à mieux exploiter les tourments de son personnage, enfin gratter le potentiel dramatique qui n'avait jamais été réellement dressé, que l'on se sent surpris. Malheureusement, si le casting est comme toujours impeccable (quelque chose que l'on ne pourra pas renier au MCU), le goût de trop peu se fait sentir, comme si l'on savait que tel arc narratif devra être réglé par telle autre œuvre, comme une patate chaude trop vite refilée.

Bien évidemment, on ressent fortement le chemin émotionnel, illuminé par Elizabeth Olsen et Paul Bettany, tous deux émouvants sous une carapace d'interprétation archétypale (ce qui est logique dans le contexte de la recréation de sitcom). Mais cela souffre d'une sur-explicitation qui semble vouloir rattraper le spectateur pour que ce dernier ne cherche pas à voir ailleurs vu la différence de ton par rapport au reste du MCU. Même le jeu méta qu'aime amener cet univers en souffre : l'exploitation de certains points, tel un personnage mystère, finit par retomber comme un soufflé sans réel traitement dramatique cohérent, telle une blague qui achève tout ce que l'idée aurait pu charrier.

Alors, arrêtons-nous directement sur une critique rapidement amenée aux personnes contestataires de la série : oui, certains ont pu voir leur avis sur celle-ci déprécié par une abondance de théories de fan qui a pu nuire. Mais une fois que l'on a gratté ce vernis, que reste-t-il ? Un grand potentiel, accompli par moments, mais jamais totalement. Quand WandaVision touche à la dépression, au deuil, au besoin de reconnaissance après la perte, à la charge mentale de ses personnages ou à l'isolement suite à la destruction de tout repère émotionnel, la série touche à la réussite. Quand elle profite de son traitement de la sitcom pour s'interroger mais surtout nous interroger par rapport au rapport que l'on entretient avec le médium télévisuel, elle se fait ludique sans tomber dans une ironie qui aura trop nui à la licence. Malheureusement, dès que l'on sort de la conclusion du tout, on ressent quand même une amertume face à ce que posait la série avant de s'en détourner pour rentrer dans des chemins plus communs.

En ce sens, WandaVision trouve les défauts du MCU ou même de la série locomotive de Disney+ d'un autre univers inscrit durablement dans la pop culture, « Le Mandalorien ». Encore une fois, on joue de l'amour d'une licence et de ses références pour attirer ce qui avait un potentiel dramatique fort mais retombe dans l'inexploité, le tout bien aidé par un bon casting et un budget conséquent. On appréciera néanmoins plus cette série pour avoir au mieux enfin géré un personnage qui était bien trop délaissé dans l'univers Marvel et avoir su par instants nous promettre une grande réussite télévisuelle. Et si le résultat reste quand même bon, on aurait bien voulu qu'il le soit plus, au moins par amour pour sa charge en émotion qui rend certaines répliques tout simplement belles.

[caption id="attachment_57024" align="aligncenter" width="700"] Paul Bettany is Vision and Elizabeth Olsen is Wanda Maximoff in Marvel Studios' WANDAVISION, exclusively on Disney+.[/caption]

.

1 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *