Zack Snyder's Justice League : honorer les morts, retrouver les vivants

26/03/2021

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Titre : Zack Snyder's Justice League

Réalisateur : Zack Snyder

Avec : Ben Affleck, Gal Gadot, Ray Fisher, ...

Genre : Super-Héros, Action, Science-Fiction, Drame

Durée : 4h02

Nationalité : États-Unis

Sortie : Mars 2021

Résumé : Dans Zack Snyder's Justice League, Bruce Wayne (Ben Affleck) est déterminé à faire en sorte que le sacrifice ultime de Superman (Henry Cavill) ne soit pas vain ; pour cela, avec l'aide de Diana Prince (Gal Gadot) il met en place un plan pour recruter une équipe de métahumains afin de protéger le monde d'une menace apocalyptique imminente. La tâche s'avère plus difficile que Bruce ne l'imaginait, car chacune des recrues doit faire face aux démons de son passé et les surpasser pour se rassembler et former une ligue de héros sans précédent. Désormais unis, Batman (Ben Affleck), Wonder Woman (Gal Gadot), Aquaman (Jason Momoa), Cyborg (Ray Fisher) et Flash (Ezra Miller) réussiront-ils à sauver la planète de Steppenwolf, DeSaad, Darkseid et de leurs terribles intentions ?

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Quand « Justice League » a débarqué dans nos salles en 2017, les retours furent peut-être parmi les plus catastrophiques concernant un film à gros budget avec une telle attente. Si nous avions été très (trop ?) positifs avec le long-métrage à sa sortie, il faut bien admettre que sa production compliquée se ressentait dans la simplicité de l'ensemble, la lourdeur de certaines séquences, la mise en scène inégale et des effets spéciaux bien loin d'être aboutis. Dès lors, la perspective d'un vrai montage dirigé par Zack Snyder (qui a dû quitter le projet suite à un drame familial) était plus qu'intrigante. Maintenant qu'on a pu voir ce « Zack Snyder's Justice League », on peut néanmoins admettre que cette version est la plus aboutie à tous les niveaux et que ce qui nous plaisait le plus dans son premier montage n'était qu'une ébauche de ce à quoi on peut assister ici.

À la façon de « Man of Steel » et de « Batman v Superman », le film s'ouvre dans la mort. Ce n'est plus la perte d'un père et d'une société entière ou bien celle de parents, mais la tragédie du décès de Superman dans ce qu'elle a de plus tragique. On comprend dès lors la difficulté qu'a pu avoir le réalisateur à reprendre le tournage au vu de l'aspect funèbre qui s'en dégage. Cette version de Justice League est un récit de morts et de deuils, chaque protagoniste devant faire face une nouvelle fois à une perte qui en affecte sa psyché la plus profonde. « Reviens parmi les vivants », exhorte un personnage à un autre, toujours dans les ténèbres de la tristesse. Le long-métrage trouve une pesanteur touchant à l'intimisme le plus pur lors de certaines séquences, y trouvant un accomplissement émotionnel qui manquait totalement auparavant.

En ce sens, l'évolution des protagonistes s'enrichit, aidée bien évidemment dans cet épaississement par une durée plus conséquente. Néanmoins, on peut se poser des questions sur le fait d'avoir retiré autant de passages par rapport à Cyborg et Flash, les deux plus grosses victimes de l'écrémage narratif de 2017. Les deux ont d'ailleurs un rapport à la paternité compliqué qui permet de mieux comprendre leurs tourments respectifs et leur quête d'appartenance. C'en est criminel comme ces manquements dans le premier montage brisent leur humanité retrouvée ici avec un rapport au pouvoir illustré visuellement par les fameux ralentis tant critiqués de Zack Snyder, mais surtout un cœur qui explose d'ailleurs dans un payoff déchirant par l'écho amené sur la perte de repères d'un des protagonistes.

Pour revenir à la mise en scène, on pourra dire que cette version de Justice League risque de polariser encore plus les avis sur le réalisateur, surtout entre ses plus fervents admirateurs et ses détracteurs les plus brûlants. Zack Snyder continue ainsi à user du ralenti pour capter la déification de personnages qu'il parvient à iconiser avec une dévotion religieuse, à l'instar de Superman. Néanmoins, il n'est pas dans la froideur visuelle et parvient à conserver une chaleur humaniste et intimiste explosant dans certaines séquences avec une émotion bouillonnante. La composition de certains tableaux perpétue ses inspirations picturales avec un art du mouvement profitant notamment du choix de format, imposant une hauteur et une profondeur de champ plus conséquentes.

En ce sens, on sent une générosité constante chez Zack Snyder, en particulier lors de morceaux de bravoure qui trouvent ici plus de chair dans la recontextualisation narrative. On pourrait dire que Joss Whedon a simplifié l'intrigue d'origine, mais c'est plus compliqué que ça tant cette version permet de mieux embraser son concept de départ basique (trois boîtes pouvant détruire le monde) et mieux illustrer les désarrois émotionnels de ses personnages. Ce montage leur permet de mieux respirer et de traiter leur rapport à la mortalité, au chagrin occasionné, aux questionnements sur la façon d'honorer ses morts et enfin, comment s'en relever. Il se dégage tellement plus de profondeur de ce fil entre héros déifiés et êtres blessés qui parviennent à se panser eux-mêmes, ainsi que les autres. Au tout début de la création du film, on en parlait comme un récit de famille, ce que l'on pouvait partiellement retrouver chez Whedon mais qui se retrouve totalement accompli ici avec l'incandescence de la personne qui a retrouvé le chemin des vivants tout en n'oubliant pas ses morts.

On ressent par exemple cela avec Steppenwolf, personnage affaibli par son statut de faire-valoir d'une plus grande menace (amenée ici avec un certain brio) mais qui trouve dans cette version une brutalité et une sauvagerie le rendant bien plus menaçant. Sa quête d'unité a plus de sens et même s'il ne s'avère pas un antagoniste inoubliable, son aura est bien plus grande que ce que les réécritures ont pu nous offrir en 2017. C'est d'ailleurs quelque chose qui caractérise bien le métrage entier : certes, on connaît les grandes lignes de l'intrigue suite à ce que l'on peut appeler la Whedon Cut. Néanmoins, cette Snyder Cut n'est pas que du simple remontage mais une vraie métamorphose dans sa caractérisation et sa mise en scène, bien plus mise en valeur que ce que l'on pouvait voir auparavant, offrant une redécouverte totale qui parvient à surprendre tout en gérant mieux son équilibre tonal un peu trop bancal dans le montage cinéma.

Bien évidemment, il reste des défauts qui font que l'on ne crie pas au chef d'œuvre : le rythme impose une arrivée tardive de certains personnages dans leur caractérisation, certains effets sont gérés de façon imparfaite (logique au vu du contexte actuel), la triple conclusion proche de scènes post-génériques rallongeant la fin blesse la brillance de la conclusion du récit (bien que le teasing qui s'y développe nous titille particulièrement) et l'arc principal pourra être relevé comme trop simpliste. Pourtant, tout ce qui nous plaisait auparavant se retrouve ici illuminé par quelque chose de si beau et si touchant, appuyé par une volonté de faire plaisir à l'audience jusqu'à l'extrême avec cette mise en scène iconique qui n'annule jamais l'humanité de nos héros.

On en regrette alors de ne pas avoir pu profiter de ce montage sur grand écran tant il nous permet de mieux expérimenter l'ambition d'un « Justice League » dans un film à la réelle valeur du potentiel amené. Oublions dès lors le très imparfait métrage de Whedon car ici, Zack Snyder parvient à offrir un spectacle généreux jusqu'au bout, où le chemin de croix de nos personnages passe par ce besoin d'avancer et de trouver leur voie, accompagnés dans leur grâce par les fantômes de leurs existences. Certes, les fans vont perpétuer leur adoration tandis que les personnes plus réticentes au réalisateur (ou au comic book movies en général) risquent de se conforter encore plus dans leur colère. De notre côté, il est dur de ne pas être positif face à pareil long-métrage malgré ses défauts.

Nous pourrions parler pendant des heures encore du contenu du film tant il y a des choses à analyser, mais cela signifierait peut-être un peu trop dévoiler certains points et soyons francs, on préfère que vous découvriez par vous-mêmes ce long-métrage (tout comme tous ceux abordés sur le site). On se contentera donc de dire que ce « Zack Snyder's Justice League » est un film qui mérite les superlatifs l'entourant. C'est une œuvre explosive et ambitieuse mais qui parvient à faire traverser à ses protagonistes cette recherche de soi dans un chemin personnel émouvant, une œuvre sur les deuils à faire qui trouve une illumination absolument renversante par instants. Peut-être que ce n'est pas un chef d'œuvre mais que pareil film parvienne à trouver autant d'ampleur à tous les niveaux tout en conservant son cœur, cela ne peut que nous toucher fortement.

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