Dossier Retour vers le futur : Nom de Zeus !

14/04/2021

Décidément, tout le monde semble s’être donné le mot pour revenir sur les « Retour vers le Futur ». On ne compte plus en effet les YouTubeurs et autres chroniqueurs partageant avec leur audience leur amour pour la fameuse trilogie de Robert Zemeckis. Si l’on pourra trouver de nombreuses raisons pour justifier cela, l’un des points essentiels est sans doute que les trois films parviennent à traverser les années avec la même aisance que la Delorean du Doc. Nous voulions donc revenir sur cette trilogie culte afin de comprendre pourquoi elle génère autant de fascination et poser les mots sur ce qui rendrait un quatrième opus tout à fait inutile vu la perfection de ces trois films narrativement, visuellement et émotionnellement.

Les histoires passionnantes sur la genèse compliquée du premier opus ne manquent pas et ont déjà été assez relatées pour qu’on les répète une énième fois. En ce sens, que pourrions-nous dire à ce sujet qui n’ait été raconté aussi bien que par « Retour vers le Futur : toute l’histoire d’une saga culte », écrit par Michael Klastorin et Randal Atamaniul et édité chez Huginn & Muninn ? Rien, bien que certaines répercussions auront eu un impact fort sur la réussite de ce premier volet. Le remplacement d’Éric Stoltz par Michael J. Fox reflète bien cela, le jeu plus lumineux de ce dernier appuyant le côté humoristique du récit sans en retirer sa dramaturgie.

Dans ce sens, le scénario de « Retour vers le Futur » est un modèle que l’on n’analysera sans doute jamais assez. Il s’avère d’une solidité narrative par sa façon de traiter son voyage dans le temps en posant les bases de l’intrigue avec une logique des plus talentueuses. Certaines personnes auront comparé les tournures du récit avec d’autres plus mythologiques et l’on sera d’accord sur le fait que le chemin émotionnel de Marty McFly va dans cette direction, en conservant une forme d’intimité qui brille toujours autant.

Loin d’être une ode au matérialisme tel qu’interprété par de nombreuses personnes (dont l’acteur Crispin Glover), la fin du film appelle à une forme d’accomplissement en parvenant à réparer un mariage brisé par les désillusions. En développant un autre regard sur ses parents et en les redécouvrant par leur jeunesse, Marty trouve une façon de se retrouver lui-même dans ses propres ambitions. Le jeu sur les différences de mœurs des époques trouve une résonnance émotionnelle, le pouvoir de réécrire les choses pour mieux arranger une situation brisée, quitte à ce que cela passe pour une forme de promotion d’une société ultra capitaliste, ce qui ne semblait en tout cas pas l’intention originale.

Pour le reste, on continuera de célébrer ce film pour tout ce qu’il accomplit : c’est un divertissement de qualité, ouvrant aux superlatifs par ses réussites. On aura beau avoir revu le film un millier de fois, on reste toujours aussi paniqué par la concrétisation du climax. L’humour conserve toujours autant d’impact, on relève régulièrement de nouveaux détails et il n’est guère étonnant que certains plans se soient inscrits dans la mémoire collective par la qualité de la mise en scène de Robert Zemeckis. Au vu du succès financier, une suite était plus que logique. Mais mieux que d’offrir une simple redite, celle-ci jouera de son concept pour mieux amener ses héros sur un chemin sentimentalement chargé.

« Retour vers le futur 2 » se révèle énorme par ses ambitions, revisitant le premier film pour mieux en extraire ses émotions et faire évoluer ses personnages. En ce sens, les avancées des effets spéciaux servent la narration, telles ces interactions entre différents Michael J. Fox maquillés pour mieux souligner la façon dont les actes de Marty en père retombent d’une manière ou d’une autre sur sa progéniture. Si la représentation de 2015 s’avère datée par ce à quoi nous avons vraiment droit, elle regorge de visuels à tomber qui auront su pérenniser sur les bases posées précédemment.

Le film semble s’évertuer à attaquer le consumérisme qu’on l’avait accusé de défendre, notamment par la représentation d’un Biff Tannen pur descendant de Donald Trump. La représentation de l’avenir de Marty va dans ce sens, tout en appuyant une forme de toxicité viriliste qui prendra plus d’ampleur dans le troisième opus. Certains plans de cauchemar urbains à différents niveaux (2015 et le monde alternatif) ouvrent à la réflexion sur une forme de dérive financière engendrée par la simple envie de Marty de se faire un peu d’argent, avec des conséquences monstrueuses. Les jeux de reflet qui se créent alors entre mêmes personnages de temporalités différentes leur permettent de se confronter à leur personnalité plus intime de façon efficace visuellement, bien aidés par la mise en scène ludique de Robert Zemeckis.

Ce « Retour vers le futur 2 » s’avère dès lors particulièrement brillant, revisite malicieuse tout en y trouvant des pistes émotionnelles qui en font tout simplement une des meilleures suites de l’histoire du cinéma. Les idées s’accumulent sans que le rythme ne ralentisse une seule seconde, le tout en étant parfaitement mené à tous les niveaux. La transition avec le troisième opus, censé être originalement son climax de 40 minutes, se révélera difficile aux yeux de certains mais parvient à un accomplissement des plus inattendus.

Situé dans le Far West, « Retour vers le Futur 3 » aura fait couler beaucoup d’encre comme opus le moins relevé de la saga, notamment par une représentation du western vue comme trop clichée pour fonctionner. C’est passer outre le fait que cette vision semble délibérée, jouant d’un mimétisme cinématographique pour mieux en relever son côté factice et sa représentation viriliste pouvant aller à l’extrême. Il n’est pas étonnant en ce sens que pour s’y rendre, Marty doive passer par un cinéma, débarquant dans un monde de fiction où il va devoir s’affirmer en tant qu’être humain.

Cette reconnaissance du soi s’appliquera également au Doc, sa rencontre avec Clara lui permettant de s’émanciper d’une technologie qui l’aveugle jusqu’à passer à côté de son existence. L’histoire d’amour qui se dessine se fera alors avec un sentiment touchant, permettant au métrage de conserver son cœur tout en brossant plus un protagoniste souvent trop relégué au rang de savant fou pour qu’on ignore son drame personnel. La façon dont le film traitera ce point sera donc passionnante, tout comme l’avancée de Marty.

Confronté à un genre cinématographique où le duel, la mort et l’affrontement brutal passent au-dessus de tout, voir Marty y être plongé pour mieux affronter sa masculinité s’avère des plus intéressants. Une nouvelle fois, cette confrontation va être aidée par une rencontre avec son ancêtre, également interprété par Michael J. Fox, qui lui permettra à nouveau de mieux appréhender son héritage pour faire son propre chemin. Trouver sa propre voie de vie, c’est peut-être la chose la plus passionnante de la part de cette conclusion, qui trouve d’ailleurs dans son final un accomplissement narratif qui nous laisse ému et satisfait d’avoir pu assister à l’évolution de deux héros aussi attachants.

Il n’est donc absolument pas étonnant que la trilogie « Retour vers le Futur » maintienne cet aura culte au vu de la sincère réussite qu’elle constitue. C’est un modèle de divertissement grand public et d’avancées dans les effets spéciaux servant la narration tout en brossant le portrait de deux êtres perdus dans leur génération qui arriveront à s’accomplir avec un tel éclat que l’on en a la larme à l’œil. Bref, du grand cinéma de qualité qui mériterait d’être toujours autant célébré pour sa profondeur narrative, ses idées visuelles et son cœur émotionnel qui bat la chamade depuis 1985.

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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