La Loi de la jungle – Charlie Hunnam et Jack O’Connell encaissent les coups de la vie

19/04/2021

Titre : La Loi de la jungle (VO : Jungleland)

Réalisateur : Max Winkler

Avec : Jack O'Connell, Charlie Hunnam, Jessica Barden, Jonathan Majors, Fran Kranz, ...

Genre : Drame, thriller

Durée : 1h30

Nationalité : Américain

Sortie : 25 mars 2021 (VOD)

Résumé : Une terrible défaite sur le ring endette Lion et son frère/manager Stan auprès du criminel local Pepper. Ce dernier accepte d’annuler leur dette s’ils traversent le pays afin que Lion participe à un combat de boxe. Le seul hic, ils doivent également transporter Sky, une adolescente en fuite qui doit être déposée à la porte du redouté Yates. Tandis que Stan entraine Lion pour le combat de sa vie, une série d’évènements menace de déchirer les deux frères.

Drame familial touchant sur fond de combats de boxe à mains nues dans lequel la violence des poings se heurte à la teneur tragique de l’existence errante de ses deux héros, La Loi de la jungle (Jungleland en version originale) se révèle être une agréable surprise. Sorti directement en VOD, le film de Max Winkler, porté par Jack O’Connell (Skins, Invincible) et Charlie Hunnam (Sons of Anarchy, The Gentlemen), raconte l’histoire de deux frères cabossés par la vie qui tentent de survivre à la force de leurs poings dans un monde presque trop puissant pour être combattu de quelque façon que ce soit. Ensemble, ils traversent le pays pour participer à un championnat de boxe aux enjeux capitaux. Max Winkler délaisse le spectaculaire et le glamour habituels des films de boxe pour présenter le conte désenchanté de deux laissés-pour-compte guidés par des rêves manifestement illusoires, agissant comme le reflet d’une Amérique marginale anonyme. La Loi de la jungle est un récit d’apprentissage honnête autour de la notion de résilience, déguisé en road movie intimiste et sublimé par les prestations sensationnelles de ses deux têtes d’affiche qui incarnent avec une authenticité déconcertante l’amour fraternel aussi puissant que destructeur unissant leurs personnages. Alors oui, cette tragédie sociale reste relativement classique et familière, mais n’en demeure pas moins efficace et chargée en émotion.

Le jour, Walter, alias « Lion » (Jack O’Connell), et Stanley Kaminski (Charlie Hunnam), travaillent dans une usine de couture dans le Massachusetts. La nuit, les deux frères, dont le premier est un jeune prodige de la boxe et le second son manager idéaliste, participent à des combats de boxe à mains nues clandestins . Ils n’ont pas de toit et squattent les maisons délabrées qu’ils trouvent sur leur chemin, accompagnés de Ash, leur fidèle lévrier. Mais cela n’entache en rien l’optimisme inépuisable de Stanley qui ne cesse d’avoir de grands projets pour eux deux. Pour lui, il n’y a pas de doute, leur avenir est pavé d’or. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est gagner ce combat, leur ticket direct vers la gloire et le succès dont ils rêvent tant. Mais les choses ne se passent pas exactement comme prévu et la regrettable défaite du cadet sur le ring endette les deux frères auprès du dangereux criminel local Pepper (Jonathan Majors). Ce dernier leur propose un deal afin d’annuler leur dette : Lion doit combattre à Jungleland, un championnat clandestin de boxe dans le Chinatown de San Francisco, et ils sont également chargés d’escorter une mystérieuse jeune fille en fuite nommée Sky (Jessica Barden) jusqu’à Reno dans le Nevada. N’ayant pas d’autre choix, Stanley accepte et Pepper lui remet de l’argent, un véhicule et un pistolet pour le voyage. Tout au long de leur périple, Stanley entraîne Lion du mieux qu’il peut pour le préparer au combat de sa vie (littéralement, car leur avenir dépend de ce combat et de son issue), mais une série d’événements et leur camarade de voyage menacent de les déchirer. Même leur amour mutuel et leur foi en une vie meilleure, qui les ont poussés jusque-là à se battre jour après jour, risquent de ne plus suffire à les faire avancer dans la même direction…

D’un côté, il y a donc Stanley, l’aîné optimiste et vantard de la fratrie. S’il croit en son frère et en son potentiel (un potentiel que lui-même n’a jamais eu) plus que personne, il a en revanche une fâcheuse tendance à l’entraîner dans des plans assez douteux. En effet, malgré un séjour derrière les barreaux, cet escroc n’a jamais vraiment raccroché son tablier de magouilleur invétéré et continue de tremper dans des eaux véreuses, au risque de finir par s’y noyer. Mais Stan n’en garde pas moins les apparences, à tel point qu’il devient difficile de savoir s’il est juste un grand idéaliste ou tout bonnement naïf. Pour lui, la grandeur de leur avenir ne fait pas de doute. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il exploite le talent de son jeune frère. S’il l’utilise dans un premier temps pour leur assurer un minimum de stabilité financière, à terme il voit les dons de son frère pour jouer des poings comme leur ticket de sortie, un aller simple vers leur vie rêvée. Mais il faut dire que Stan enchaîne plus les coups ratés que les coups de génie. Toutefois, il y a un aspect particulièrement attendrissant chez ce fanfaron dans sa façon de s’occuper de son petit frère. S’il ne s’y prend clairement pas de la bonne manière, il est évident qu’il est prêt à tout pour son cadet et pour assurer sa réussite dont il pense être le moteur. Mais, en plus d’être son coach et son manager, il se retrouve également à occuper le statut délicat de père de remplacement pour Lion. Un rôle qu’il s’efforce d’assurer du mieux qu’il peut et même s’il ne s’y prend pas de la meilleure des façons, il y met indéniablement tout son cœur. De ce fait, avec Stan, Charlie Hunnam dispose du rôle le plus intéressant et surtout le plus riche du film, car malgré ce qu’il laisse penser, celui-ci est tout sauf un dur à cuir. Il se cache derrière les apparences, en arborant de belles chemises repassées et cet air de vainqueur qui ne semble jamais quitter son visage. Charlie Hunnam est fantastique dans le rôle, délivrant une performance authentique remarquable, probablement l’une de ses meilleures à l’heure actuelle.

De l’autre côté, le cadet, Walter, alias « Lion », est un jeune boxeur introverti très talentueux. S’il est le plus dangereux de la fratrie, Walter est également le plus calme, et c’est sans broncher qu’il encaisse à la fois les coups durs de la vie et les coups de poing sur le ring. Il a tout pour réussir, mais la vie comme son frère ne lui rendent pas la tâche facile ; la première semble prendre un malin plaisir à dresser tous les éléments contre lui, tandis que les manigances du second lui ont coûté sa licence de boxeur professionnel et il doit désormais se contenter de combats clandestins dans les sous-sols du Massachusetts. Bien qu’il soit redoutable avec ses poings, le jeune Lion se bat avec réticence, car contrairement à son frère, il souhaiterait se poser, rentrer dans le rang. Il a d’ailleurs déjà tout un plan : ouvrir une entreprise de nettoyage à sec avec ses économies. Une ambition bien plus modeste que tous les rêves de gloire de son aîné soulignant son désir d’indépendance. Leur voyage jusqu’à San Francisco et les obstacles sur leur route ne feront qu’exacerber son envie de s’émanciper. Jack O’Connell –qui effectue lui-même les scènes de combats dans le film– est aussi formidable qu’à son habitude dans le rôle de ce cadet silencieux qui vit dans l’ombre de son frère. Même s’il ne s’exprime pas grandement, Lion se révèle être un personnage tant touchant qu’attachant ; c’est un jeune homme foncièrement bon avec la tête sur les épaules et des désirs modestes.

Ces deux hommes dépendent l’un de l’autre depuis si longtemps que l’idée d’être séparés est effrayante pour eux. Ils vivent en marge de la société dans la précarité absolue, sans famille ou amis, ils sont tout ce qu’ils ont l’un et l’autre et c’est leur amour indéfectible qui les aide à avancer jour après jour dans la lutte constante qu’est leur vie. De plus, ils partagent –du moins en apparence– ce même « rêve américain », susceptible de changer leur vie. Mais ce rêve endommage également leur relation déjà bien fragilisée. En effet, les frasques de Stanley ont fini par considérablement altérer la confiance que lui accorde Lion. Et si leur relation est particulièrement touchante, elle se révèle également assez toxique : ils s’utilisent mutuellement, se déchirent mais n’osent pas se dire les choses, ce qui ne fait que repousser l’inévitable confrontation qui se prépare manifestement depuis bien longtemps. Au fil du temps et de leur périple jusqu’à Jungleland, les rapports entre les deux frères se complexifient et éventuellement on réalise que celui qui dépend le plus de l’autre n’est peut-être pas celui que l’on aurait imaginé.

La présence de Sky complique d’autant plus les choses entre les deux hommes. Leur camarade de route agit comme l’élément déclencheur d’un profond changement dans leur dynamique fraternelle. Si elle semble essayer de manipuler les deux frères pendant une grande partie du film, elle permet aussi à Lion de trouver sa voix et de s’affirmer face à son aîné. En effet, Lion s’exprime peu, probablement car Stan ne lui en laisse pas l’occasion ou parle pour lui. Sky l’aide à faire entendre sa voix, à mettre des mots sur ce qu’il ressent. Toutefois, il y a tout un mystère autour de la jeune femme ; elle est celle des trois qui a le plus de secrets et il est difficile de parvenir à la cerner. Une approche particulièrement intéressante pour ce personnage qui aurait pu être facilement cantonné à un rôle bien plus cliché. Incarnée par une Jessica Barden très convaincante, Sky se révèle être un personnage assez antipathique au premier abord. Mais sa façon d’être cache en réalité une existence sombre et complexe que le film nous dévoile par petits morceaux. Sans trop en dévoiler, lorsque nous la découvrons, Sky est une jeune femme rusée qui semble s’être perdue en chemin. Celle-ci est terrifiée à l’idée d’être comme tout le monde, d’être ordinaire, c’est pour cela qu’elle a tenté de s’éloigner de toutes les normes et d’un avenir préconçu pour faire de sa vie quelque chose de différent, de significatif. Mais elle a plutôt fini par se brûler les ailes. La liberté qu’elle désirait tant s’est vue dévorée par la vie avant de la conduire sur des sentiers peu recommandables. Elle qui pensait conquérir la vie comme bon lui semble se voit finalement reléguée au statut de quasi objet. Mais si elle s’est égarée, Sky ne compte pas se laisser faire sans rien dire, car elle a aussi ses propres ambitions.

La Loi de la jungle n’est pas vraiment un film de boxe. Dans cette œuvre, la boxe agit plutôt comme une métaphore à plusieurs niveaux. Il y a d’abord cette idée classique de faire de ce sport un véhicule pour s’élever de sa condition. Mais la métaphore fait surtout écho au parcours des personnages et à la notion de résilience qu’ils incarnent : résister aux coups et se préparer à en recevoir d’autres sans jamais s’avouer vaincu car la victoire se trouve peut-être dans la prochaine parade. Par ailleurs, l’amour de Lion et Stanley est un amour que l’on ne voit pas si souvent que cela et rarement traité de la sorte, car Max Winkler parvient à mettre en lumière toute la tendresse que se portent ces deux hommes évoluant dans un environnement violent et très masculin. Il touche à des aspects particulièrement intéressants du concept de masculinité, d’autant plus pour des hommes de cette classe sociale. Le soin porté au travail des personnages s’avère être l’une des plus grandes qualités du long-métrage. En effet, Max Winkler prend le temps de développer en profondeur ce que représentent et ressentent ces âmes perdues et rejetées dont l’existence s’est inscrite dans l’errance constante.

Toutefois, bien que La Loi de la jungle soit un film globalement plaisant à suivre, avec des personnages attachants, l’ensemble reste relativement familier et classique et lorsque celui-ci touche à son terme, il ne semble pas être parvenu à transcender tout le potentiel de son intrigue, et ce malgré une scène finale absolument captivante. Les intentions scénaristiques de Theodore Bressman, David Branson Smith et Max Winkler sont bonnes et les qualités du long-métrage nombreuses, mais la fin paraît quelque peu abrupte, surtout après un dernier acte qui changeait de ton et de ce fait on en attendait peut-être un peu plus. Mais dans la majeure partie, le troisième long-métrage de Max Winkler reste une agréable découverte. Les notes mélancoliques de Lorne Balfe (dont le travail a déjà pu être entendu dans The Crown) imprègnent le parcours cabossé des frères Kaminski auquel la photographie de Damian Garcia convie une beauté singulière à chaque image. L’écriture comme la mise en scène se veulent réalistes, aseptisées de toute forme de glamour afin de refléter au mieux la misère des protagonistes. Cette tragédie familiale intimiste, produite par Ridley Scott (Thelma & Louise, Gladiator), incarne ainsi la complexité de l’idéologie américaine et les désillusions comme l’injustice qui l’accompagnent. Car oui, le réel combat de cette histoire ne se déroule pas sur le ring. Cependant, ce sous-ton politico-social demeure à l’arrière-plan, laissant le parcours mouvementé des deux héros toujours au cœur de l’attention.

En conclusion, si La Loi de la jungle opte pour une formule classique et familière, son histoire n’en reste pas moins sincère et touchante. Sa force principale réside dans ses deux héros attachants, sublimés par l’authenticité vibrante des prestations de Jack O’Connell et Charlie Hunnam. Certes, rien n’y est grandiose ou spectaculaire, mais la façon de Max Winkler de traiter l’amour et l’opposition de ces deux frères s’avère particulièrement saisissante. Brut de sincérité, ce drame familial intimiste sur fond de combats de boxe souterrains est une œuvre touchante et agréable à découvrir qui vaut le détour.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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