The Great - Huzzah !

04/04/2021

Titre : The Great

Créée par : Tony McNamara

Avec : Elle Fanning, Nicholas Hoult, Phoebe Fox, Sebastian de Souza, Sacha Dawan, Adam Godley, Douglas Hodge, Charity Wakefield, Gwilym Lee, ...

Format : 60 minutes

Diffusion : StarzPlay

Genre : Comédie, drame, historique, biopic

Résumé : L'ascension d'une jeune demoiselle idéaliste qui arrive en Russie pour un mariage arrangé avec l'imprévisible Empereur Pierre III. Rêvant d'amour et de douceur de vivre, Catherine II est confrontée dès lors à un monde dangereux, dépravé et barbare. Déterminée à changer les choses, il ne lui reste qu'à tuer son mari, contrer l’église, dérouter les militaires et rallier la Cour à sa cause.

La couleur est immédiatement annoncée lorsque le sous-titre, « une histoire occasionnellement vraie » (*an occasionally true story), apparaît aux côtés du titre au début de chaque épisode. La série de Tony McNamara pour Hulu (disponible sur StarzPlay en France) jette ouvertement l’histoire par la fenêtre. Son approche se veut farcesque et les exactitudes historiques ne sont clairement pas à l’ordre du jour. Folie et démesure sont de mise dans cette œuvre revisitant librement la jeunesse et l’ascension au pouvoir de l’impératrice Catherine II de Russie. Madame veut la couronne de Monsieur et elle n’hésitera pas à lui couper la tête pour la lui arracher. Garnie de dialogues acerbes et d’un humour cru ravageur, The Great est un pur régal, porté par Elle Fanning et Nicholas Hoult, plus impériaux et hilarants que jamais. Extravagante, délirante, provoquante, cynique, irrévérencieuse, cette fresque satirique de la Russie du XVIIIème siècle s’affranchit de tous les codes et dépoussière totalement le genre du drame historique. La Cour impériale russe n’a jamais semblé aussi moderne et décomplexée.

A son arrivée en Russie pour épouser l’empereur Pierre III (Nicholas Hoult), Catherine (Elle Fanning) est une jeune femme douce, curieuse et idéaliste, la tête pleine de rêves romantiques. La joyeuse princesse allemande au goût prononcé pour la littérature et les études prévoit d’utiliser son pouvoir d’impératrice pour moderniser le pays en y diffusant les idées des Lumières, que cela soit sur le plan social, scientifique, artistique ou politique. Celle-ci s’imagine une vie remplie d’amour et de passion avec son nouvel époux, semblable à celle de ses héros littéraires favoris. Mais que nenni ! La désillusion est aussi brutale que totale à son arrivée au palais. La Russie n’est qu’un pays hostile à toute forme de progrès, aucunement enclin à se joindre à la vague progressiste qui gagne l’Europe Occidentale à l’époque. Et quant à son nouvel époux, celui-ci n’a rien du prince charmant rêvé, bien au contraire. Pierre est plutôt du genre monstrueux. Un mégalo d’une cruauté comique voire complètement cartoonesque, aussi imprévisible qu’impitoyable, dont les seuls intérêts sont le sexe, la nourriture et l’alcool. Un idiot immoral et méprisant qui tire dans les jambes de ses fidèles pour tester son nouveau pistolet, offre un ours comme cadeau de mariage à sa nouvelle épouse, a pour maîtresse la femme de son meilleur ami et s’exclame « Huzzah ! » à tout bout de champ, une exclamation ponctuée par un indissociable fracas de verre.

La déception est grande pour la jeune Catherine. Son mari n’est qu’un ignorant déluré qui fait couler autant de sang que d’alcool et pour qui elle n’est qu’une « porteuse d’héritier ». Son ambition d’être une souveraine progressiste ne ressemble plus qu’à un songe lointain, irréalisable face à un clergé réfractaire à toute évolution des mœurs dans le pays et une cour mesquine tout aussi ignorante et insipide que son empereur. Vidée de tout espoir et se sentant comme une prisonnière sans issue, la jeune Catherine décide de se suicider. Sa tentative est arrêtée par sa dame de chambre, Marial (Phoebe Fox), une ancienne noble en disgrâce qui lui suggère de devenir le changement qu’elle voudrait voir en Russie. Requinquée d’optimisme, Catherine commence alors à comploter pour renverser son idiot de mari, s’emparer du trône et devenir la dirigeante avisée dont la Russie a tant besoin à ses yeux.    

La jeune femme ne tarde pas à se faire quelques alliés à la cour afin de l’aider dans l’élaboration de son coup d’Etat. Sa première alliée est sans surprise sa servante Marial. Arrachée au rang de la noblesse en raison des actions regrettables de son père, celle-ci vit mal son nouveau statut à la cour ainsi que les railleries de ses anciennes « amies » et compte bien retrouver sa place d’origine dans la hiérarchie sociale, une fois que Catherine sera sur le trône. Par la suite, elles parviennent à convaincre le comte Orlo (Sacha Dawan) de se joindre à leur conspiration. S’il est réticent dans un premier temps, le conseiller malmené de l’empereur, qui a lui aussi des aspirations progressistes pour le pays, accepte finalement de les aider. Enfin, le dernier à se joindre allègrement au complot n’est autre que Leo (Sebastian De Souza), l’amant de Catherine, invité à la cour par Pierre comme cadeau à sa femme qu’il trouvait malheureuse. Catherine et sa petite troupe poursuivent alors en secret la préparation du coup d’Etat. Mais la route vers le trône est plus périlleuse que prévue. Ils devront faire face, entre autres, à Archie (Adam Godley), l’archevêque et redoutable disciple manipulateur de Pierre, un homme profondément conservateur avec un grand dégoût pour la science ou toute autre forme de modernisation. Un adversaire presque aussi coriace que la bêtise de l’empereur russe, qui donnera tout autant de fil à retordre à la bataille de l’impératrice pour l’égalité, la justice et l’éducation. Nous suivons ainsi Catherine dans sa quête pour la couronne, un chemin plus sinueux qu’elle ne l’aurait pensé sur lequel quelques dures, mais précieuses leçons, lui sont réservées. Le prix à payer pour devenir celle qui rendra sa grandeur à la Russie.

The Great trouve toute sa majestuosité dans son irrésistible duo principal. Elle Fanning et Nicholas Hoult forment un binôme à l’énergie chaotique absolument hilarant et délivrent deux grandes performances. L’occasion pour les deux acteurs de montrer une nouvelle fois toute l’étendue de leur talent. Au premier abord, la Catherine d’Elle Fanning est une jeune princesse studieuse, une romantique au teint de porcelaine désireuse de parler des œuvres de Rousseau avec tous ceux qu’elle rencontre. Mais la réalité est brutale et sa nouvelle vie ne ressemble en rien à la vision qu’elle s’en était faite. Pour l’empereur, elle n’est qu’une vulgaire « pondeuse d’héritier » dont les idées n’ont pas la moindre importance. L’idéaliste aux ambitions réformatrices inspirée par Diderot et Voltaire se voit alors éclipsée par une Catherine 2.0 plus sournoise et calculatrice, prête à tout pour mettre à bien son plan visant à renverser son époux et prendre le pouvoir. Son coup d’Etat sera, pour reprendre ses mots, un « coup d’Etat d’idées ». Une fois sur le trône, elle a l’intention de mettre fin au servage et aux guerres insensées engagées par son mari, pour ériger des écoles et des musées dans tout le pays. Mais pour atteindre son but et rendre la Russie meilleure, la jeune impératrice devra défier les différentes factions de la société russe, de l’armée à l’Eglise et en passant surtout par les hommes à leur tête, ce qui est loin d’être une mince affaire. Tout au long de ces dix épisodes, nous suivons ainsi les hauts et les bas de l’élaboration de sa prise de pouvoir. La douce et naïve ingénue qu’était Catherine à son arrivée à la cour impériale russe se mue au fil du temps en une garce manipulatrice espiègle. A tel point que l’on en viendrait presque à se demander qui d’elle ou de son mari est le plus mauvais. Elle Fanning (Maléfique, Super 8, Tous nos jours parfaits) est absolument sensationnelle dans le rôle, innocente une minute, complètement féroce la suivante. A noter que l’actrice est également productrice de la série. Et si sa Catherine -une version romancée de la réelle Grande Catherine- est une protagoniste attachante et déterminée, la série n’hésite tout de même pas à dévoiler ses nombreux défauts au même titre que ceux de son imprévisible époux.

De son côté, Nicholas Hoult (Mad Max : Fury Road, X-Men, Tolkien) est tout simplement génial. Hilarant de bout en bout, l’acteur excelle complètement dans le registre comique. Il incarne parfaitement ce souverain dépravé, désespérément égoïste et déséquilibré au langage particulièrement fleuri. The Great marque sa deuxième collaboration avec Tony McNamara, deux ans après La Favorite dans lequel il tenait un rôle secondaire déjà notablement désopilant. Pierre (ou Peter en version originale) est un personnage des plus détestables, un enfant gâté puéril doublé d’un barbare misogyne impulsif et cruel. S’il sait parfois se montrer attendrissant, ses habitudes barbares reviennent très vite au galop, nous rappelant à nouveau pourquoi son épouse complote derrière son dos. Un complot qui s’opère juste sous son nez mais dont il n’a aucune idée, trop occupé par sa vie de débauche. Il forme d’ailleurs un trio quelque peu fantasque voire complètement tordu avec le couple composé de Grigor et Georgina, respectivement son meilleur ami et sa maîtresse. Toutefois, la remarquable performance de son interprète laisse entrevoir l’humain qui se cache sous ce tyran. L’empereur est un homme qui au fond ne voudrait qu’être aimé mais qui n’hésitera cependant pas à faire souffrir les autres pour s’assurer qu’ils souffrent autant que lui. En réalité, Pierre est un personnage plus complexe qu’il n’y paraît, loin d’être aussi stupide qu’il ne le laisse penser et la série parvient de façon stupéfiante à nous faire plus ou moins apprécier cet homme, et ce malgré sa représentation peu flatteuse.

Par ailleurs, les personnages secondaires entourant le duo central sont tout aussi savoureux. En effet, tout au long des dix épisodes, un certain nombre de figures mémorables est introduit à la cour impériale russe. Si les motivations de chacun ne sont pas forcément claires d’emblée, elles suscitent notre intérêt et nous tiennent en haleine tant elles pourraient faire pencher la balance du pouvoir. Phoebe Fox vole la vedette à chacune de ses apparitions dans le rôle de Marial, la servante, confidente et co-conspiratrice de Catherine aux remarques sarcastiques exquises. Cette ancienne aristocrate en disgrâce fait en sorte de maintenir l’optimisme de la jeune impératrice afin qu’elle mène à bien sa machination, opérant comme la voix qui murmure à son oreille. Mais si elle est particulièrement rusée, dotée d’un esprit audacieux et d’une détermination inébranlable, son impulsivité peut parfois lui jouer des tours, voire totalement chambouler les plans établis. L’autre co-conspirateur de Catherine, le comte Orlo, incarné par un Sacha Dawan très convaincant, est un intellectuel perdu dans une société d’incapables qui essaye tant bien que mal de ne pas froisser l’empereur tout en l’incitant subtilement à mettre en place certaines réformes dans le pays. Une manœuvre délicate, surtout lorsqu’il se voit confronté à Archie, le redoutable représentant de l’Eglise à la cour. Le parcours d’Orlo est loin d’être un long fleuve tranquille et il n’est plus le même homme à la fin, profondément changé par les épreuves rencontrées dans sa bataille pour une meilleure Russie.

Il y a aussi le général Velementov (Douglas Hodge), un vétéran de guerre reconverti en ivrogne mélancolique et servant de cible de prédilection aux plaisanteries les plus cruelles de l’empereur. D’autres personnages se révèlent également particulièrement surprenants, à l’image de Grigor. L’acolyte de Pierre laisse peu à peu entrevoir son conflit interne, révélant une profondeur que l’on n’aurait pas pu supposer au départ. Elizabeth, la tante de Pierre (Belinda Bromilow), est également un personnage qui ne passe pas inaperçu : une dompteuse de papillons plus menaçante qu’elle ne le laisse penser, qui n’a pas peur de décapiter ceux qui doivent l’être. C’est aussi grâce à la force de ces personnages secondaires hauts en couleurs que la série fonctionne totalement, chacun d’eux apportant une nuance supplémentaire.

Créée et écrite par Tony McNamara, The Great est adaptée d’une de ses pièces de théâtre de 2008 qui relatait déjà l’ascension au pouvoir de la Grande Catherine. A l’origine, le scénario était conçu pour un film mais après réflexion, McNamara a finalement préféré le transposer en série. Un format lui permettant de raconter plus adéquatement l’histoire, offrant notamment davantage de temps à consacrer au développement des personnages. Avec cette œuvre ouvertement anachronique, le scénariste de La Favorite affirme une nouvelle fois son style de satire historique insolent et décomplexé. A l’image de l’acclamée comédie noire de Yorgos Lanthimos, The Great fait du drame historique une tendance décoiffante. Cette farce teintée de cynisme, aussi inventive que loufoque, relève d’une écriture particulièrement intelligente dont le ton se veut résolument moderne et où chaque mot a sa place. Ainsi, à travers une approche plutôt contemporaine et accompagnée d’un humour mordant absolument exquis, celle-ci se rit d’une société de tous les excès, mais aussi des préjugés, qu’ils soient ceux de l’époque représentée ou de la nôtre. Le tout sans oublier de nous réserver quelques surprises inattendues.

Sans la moindre complaisance, la série oscille entre le grotesque et le comique, avec en prime des situations cocasses et des insultes divines à la pelle. La mise en scène se révèle parfois choquante tandis que les acteurs semblent se délecter des répliques tant absurdes que vulgaires assénées par leurs personnages. D’après McNamara, le langage utilisé est un mélange d’un langage contemporain avec un plus formel de l’époque. Par ailleurs, l’esthétique léchée est un autre des atouts majeurs de la série qui en fait une petite merveille visuelle, grâce aux somptueux et fastueux décors ainsi qu’aux costumes colorés tout aussi splendides, le tout sublimé par une cinématographie et un design de production époustouflants.

En conclusion, The Great est une satire historique ouvertement « anti-historique » aussi originale qu’impitoyable. Tony McNamara propose quelque chose d’audacieux et différent avec cette farce extravagante impertinente portée par une distribution renversante. Elle Fanning et Nicholas Hoult sont tout simplement géniaux en couple impérial prêt à s’entretuer pour la couronne. Et un humour acide désopilant vient assaisonner l’intrigue captivante du début à la fin. Anachronique, drôle, désinvolte et déjantée, cette version romancée de la jeunesse et du mariage de Catherine II de Russie est un vrai régal à ne surtout pas prendre au premier degré. Cette comédie satirique saupoudrée d’Histoire est une petite pépite à ne pas manquer ! La série a d’ailleurs été renouvelée pour une saison 2 par Hulu, attendue pour la fin de l’année 2021.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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