Grimoire Noir - Des dessins magnifiques, une histoire trop rapide

22/05/2021

5

Titre : Grimoire Noir

Auteur : Yana Bogatch

Editions : Glénat

Prix : 22,00 €

Parution : 17 février 2021

Nombre de pages : 279 pages

Genre : Fantasy

Résumé : Nous sommes aux États-Unis à une époque proche de la nôtre. La commune de Blackwell est la seule de tout le pays à ne pas considérer la sorcellerie comme un acte criminel. Cela n’empêche cependant pas certaines sorcières à abuser de leur magie... Dans cette petite ville, Bucky Orson est un peu morose – qui ne l’est pas, à 15 ans ? Alors que sa meilleure amie l’a quitté pour traîner avec des gens bien plus cool, sa jeune sœur vient d’être kidnappée dans des circonstances troubles. Et face à l’impuissance de son père, shérif de la ville, Bucky décide de mener lui-même l’enquête. Finira-t-il par percer les mystères de la magie de Blackwell ?

.

Je ne suis pas nécessairement une grande férue de bande dessinée. Si j’en lis volontiers parce que j’aime les belles illustrations, je dois bien avouer que je ne suis pas vraiment une experte en la matière. Je n’ai d’ailleurs pas vraiment lu mes classiques de la bande dessinée francophone. Du coup quand je « discute BD » avec quelqu’un qui s’y connaît, la conversation se finit toujours de la même manière : moi qui n’ai aucune des références de mon interlocuteur et qui note frénétiquement tous les titres qu’il ou elle me conseille, en espérant pouvoir les lire bientôt. De temps en temps, je me promène en librairie et je feuillette des albums, juste pour le plaisir de regarder les dessins, sans pression. C’est comme ça que mon chemin a croisé celui de Grimoire Noir.

Mon coup de foudre pour les dessins a été absolu et immédiat. Vous l’aurez compris, je manque un peu de mots pour décrire les coups de crayon des illustrateurs, pourtant c’est l’exercice délicat auquel je vais me livrer aujourd’hui !

D’une part, j’ai vraiment beaucoup aimé la mise en couleur qui m’a immédiatement séduite. On est sur une palette quasi-exclusive de noir et de gris… À quelques exceptions près ! En réalité, l’illustratrice n’utilise que quelques touches de couleur sur certaines planches – voire dans certaines cases – pour mettre certains détails en valeur : la couleur des yeux d’un personnage, un détail de sa tenue ou encore un élément du décor… Ce procédé m’a vraiment séduite, d’autant plus qu’il est vraiment bien exécuté (les petites touches de couleur attirent l’œil sans toutefois révéler quoi que ce soit au lecteur) et qu’il m’a semblé avoir beaucoup de sens par rapport à l’intrigue.

En effet, l’histoire se déroule à Blackwell, la seule ville à autoriser les sorcières à pratiquer la magie en toute légalité. Si l’on se penche un peu sur la colorisation, on se rend assez vite compte que seules les femmes – et plus précisément, les femmes dotées de pouvoirs magiques – ont droit à des petits détails de couleur. Je dirais même que j’ai eu l’impression lors de ma lecture que plus les pouvoirs de la femme représentée étaient puissants, plus elle avait droit à de la couleur. La vraie belle surprise, c’est que lorsque Bucky entre au manoir des Turner, une fratrie de sorcières puissantes, on découvre avec surprise que tout le manoir est en couleur, tout comme ses habitantes. J’ai vraiment aimé cet aspect qui donne selon moi une dimension supplémentaire à la beauté du dessin.

Malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai été aussi conquise par la qualité de l’histoire. Il faut dire que s’il s’agit plutôt d’un album assez long pour une bande dessinée, l’ensemble reste quand même plutôt court et somme toute assez vite lu. C’est bien souvent mon reproche pour les lectures graphiques : les choses vont forcément trop vite à mon goût et je me surprends souvent à me dire qu’il aurait fallu une ou deux cases de plus sur une planche, voire quelques planches supplémentaires pour rendre les choses vraiment fluides.

Ici, les autrices ont un projet assez ambitieux : planter le décor d’un univers fantasy au sein du monde réel (dans le récit, Blackwell est une ville des Etats-Unis), nous présenter les personnages et les enjeux qui leur sont liés, nous plonger dans une histoire de disparition et nous en dire juste assez pour nous laisser nous faire une idée de qui peut avoir commis le crime et pourquoi. Autant dire qu’il ne s’agit pas là d’une mince affaire ! Et effectivement, pour moi cette intrigue tombe un peu à plat. Si on prend vraiment plaisir à découvrir l’univers imaginé par les autrices et à en découvrir les protagonistes, je n’ai personnellement pas tellement eu l’impression de me passionner pour l’enquête, ni de saisir tous les enjeux liés aux spécificités de la ville de Blackwell. À mon sens, les autrices auraient dû soit se concentrer sur l’un ou l’autre de ces aspects, soit partir sur une histoire en deux volumes pour avoir plus le temps de faire tout ce qu’elles souhaitaient faire. En effet, si le début est assez lent et m’a vraiment permis de m’imprégner de l’ambiance de cette bande dessinée assez particulière, j’ai trouvé les révélations assez vides de sens et la résolution de l’enquête m’a laissée complètement perplexe. C’est dommage parce que j’avais trouvé l’idée de départ vraiment très séduisante.

L’un dans l’autre, je suis bien loin de vous dire que j’ai passé un mauvais moment avec Grimoire Noir, bien au contraire. J’ai vraiment beaucoup apprécié cet album dont chacune page m’a laissée sans voix avec ses dessins et sa mise en couleur incroyables. Néanmoins, ne vous lancez pas dans cette lecture en pensant y découvrir un univers incroyable ou des personnages vraiment complexes, il m’apparaît que les autrices n’ont tout simplement pas eu le temps pour faire tout ce qu’elles souhaitaient. C’est dommage, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture !

.

0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *