Nos meilleures vies de Kii Kanna

09/05/2021

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Titre : Nos meilleures vies

Auteur : Kii Kanna

Editions : Casterman

Prix : 12,95 €

Parution : Mars 2021

Nombre de pages : 224 pages

Genre : Comédie, Drame

Résumé : Ils sont six, à l'aube de la vingtaine, à Tokyo, aujourd'hui. Gentiment paumés comme on peut l'être une fois passé du côté des adultes, ils se croisent, se télescopent, s'aiment, ne se comprennent pas. Ils font un bout de chemin ensemble, en se débattant avec les questions de leur âge : ai-je le droit d'avoir des rêves, et surtout, méritent-ils que je me batte pour eux ? (Mais aussi : les rêves paient-ils le loyer ?) Kanna Kii, qui a l'âge de ses personnages, saisit l'air de son temps avec une acuité et une sincérité désarmante, pour en faire la matière de récits qui subliment l'ordinaire.

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On ne le rappellera pas assez mais le passage vers l'âge adulte est loin d'être facile. On sait déjà que les Boomers aiment à répéter ad nauséam que tout est mieux maintenant qu'à leur époque, que l'on se plaint trop facilement et que les jeunes n'ont aucune raison d'être malheureux. Par expérience personnelle, nous pourrions dresser une liste assez longue des soucis auxquels nous sommes confrontés au quotidien mais soyons francs, cet exercice sera vain vu l'enfermement réflexif de nombre d'entre eux. Heureusement, pour avoir un aperçu réaliste mais bienveillant, on peut compter sur Kii Kanna avec « Nos meilleures vies ».

Le regard de l'auteur est affectueux, compréhensif des doutes que chaque jeune adulte doit porter au quotidien. Il s'en dégage une sincérité, une amabilité pour ses protagonistes qui cherchent désespérément une place dans ce monde si grand, trop immense pour nos petites existences. Cette quête du soi, de stabilité financière et émotionnelle confrontée à la réalité du travail, son étouffement des rêves, s'avère d'une justesse particulièrement touchante qui nous émeut de façon régulière.

Les traits de Kii Kanna offrent des dessins chaleureux, une vivacité qui se confronte aux contours plus carrés et dirigistes de certains décors. On décèle dans les cases l'envie d'être le plus proche possible des protagonistes et d'user du regard multiple pour mieux croquer une génération qui cherche à s'accomplir, à sa façon, tout en devant faire face aux responsabilités de la vie active et de ses carcans. La légèreté apparente résonne alors comme une forme de mascarade face aux appréhensions tout en concentrant une énergie qui résonne fortement à travers ses personnages.

Récit de craintes d'une douceur intense, « Nos meilleures vies » offre un moment de questionnements, miroir d'une jeunesse qui ne sait pas comment être la personne qu'ils souhaitent devenir tout en faisant face à leurs émotions et aux peurs de la désillusion. L'amertume qui en ressort parvient à émouvoir grandement, encore plus quand on se retrouve touché par certaines des interrogations qui y sont représentées. C'est un portrait des plus réussis, avec ce qu'il faut de talent pour nous faire chavirer.

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